Vous décrivez ce livre comme une invitation à ralentir et à redécouvrir notre essence authentique. Pour quelqu'un pris dans le rythme effréné de la vie quotidienne, quelle est la première étape pour changer notre relation au temps ?
L'anthropologie m'a appris que chaque culture construit sa propre idée du temps. Notre civilisation mesure le temps en termes de productivité, de rapidité et d'efficacité. Mais en observant des communautés traditionnelles et en étudiant des personnes ayant une longue vie, j'ai découvert qu'une autre expérience du temps existe : l'expérience de la présence.
Je crois qu'aujourd'hui, notre plus grande pauvreté n'est pas un manque de temps, mais la perte de notre capacité à l'habiter.
Par conséquent, la première étape ne consiste pas à mieux organiser nos journées, mais à redécouvrir un rythme intérieur. Le corps possède une sagesse ancestrale qui continue de nous parler à travers la respiration, le sommeil, les émotions, la beauté et même l'immobilité. Cependant, pour l'écouter, nous devons avoir le courage de nous éloigner, au moins quelques instants chaque jour, du monde.
Les expériences spirituelles qui ont accompagné ma vie m'ont appris que l'immobilité n'est pas vide : c'est un espace de relation. C'est dans l'immobilité que j'ai reçu certaines des intuitions les plus importantes de mes recherches et que j'ai compris que la vraie transformation ne se produit pas par l'effort, mais par la volonté d'écouter.
Lorsque nous changeons notre relation au temps, notre relation à la vie change aussi. Nous ne vivons plus dans l'urgence d'arriver quelque part, mais dans la joie d'être pleinement présents. Je crois que c'est l'une des formes de guérison les plus profondes et l'un des fondements de la longévité.
Au fil de quatre livres, votre intérêt est passé de la gestion de l'alignement physique sur le tapis à la promotion de la guérison émotionnelle et de l'abandon de l'âme. Comment votre définition personnelle du bien-être a-t-elle évolué au cours de ce cheminement ?
Mes livres racontent une seule histoire vue sous des angles différents. Je n'ai jamais été intéressée par le bien-être comme une simple collection de techniques, mais plutôt comme une possibilité de comprendre l'être humain dans sa totalité.
Avec le temps, j'ai réalisé que nous ne pouvons pas parler de santé sans parler de sens. Les êtres humains ne tombent pas malades uniquement dans leur corps. Ils souffrent quand ils perdent le sens de leur existence, quand ils interrompent le dialogue avec leur intériorité, ou quand ils oublient qu'ils appartiennent à quelque chose de plus grand.
Mon regard anthropologique m'a aidée à reconnaître que chaque culture construit des rituels pour préserver ce lien avec le transcendant. Mes recherches sur la longévité m'ont montré que les personnes qui vivent le plus longtemps entretiennent souvent une relation vivante avec le mystère, la gratitude, la communauté et la beauté.
Pour cette raison, aujourd'hui, je définis le bien-être comme un état de communion. Communion entre le corps et l'esprit, entre l'individu et la nature, et entre le savoir scientifique et l'expérience contemplative.
La santé, pour moi, ne consiste pas à contrôler tous les aspects de la vie, mais à apprendre à faire confiance à son intelligence profonde. C'est cette confiance qui rend la guérison possible et continue de guider tout mon travail.